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Le bien-être des collaborateurs me préoccupe particulièrement. Je suis fière de faire partie de ces professionnels qui œuvrent dans le développement de l’épanouissement humain au sein de l’entreprise.

J’ai rencontré Charlotte, qui comme moi, a décidé de prendre sa carrière en main et d’apporter son expérience et sa sensibilité aux humains de l’entreprise qui ont besoin de s’exprimer, de se libérer pour trouver un sens à leur carrière, à leur vie. Nous sommes toutes les 2 convaincues que le bien-être au travail est dicté par la politique de l’entreprise et par le collaborateur. Tous deux en sont responsables.

Portrait de Charlotte, antérieurement Chargée RH en reconversion professionnelle pour le bien-être au Travail.

Charlotte pourriez-vous vous présenter en quelques mots :

« Je m’appelle Charlotte Eroles, j’ai 32 ans et je suis en reconversion professionnelle après 8 ans d’exercice dans le domaine des Ressources Humaines. J’ai pris cette direction car l’humain a toujours été une préoccupation pour moi. J’ai eu le déclic pendant mes études d’économie et gestion où lors d’un cours de management en entreprise, nous avons vu la définition d’une organisation : « un groupe de personnes qui sont dans le même bateau pour poursuivre un même but avec des moyens X ». Je me suis dit qu’en effet, l’humain est primordial dans une entreprise. D’où mon choix vers les Ressources Humaines ».

Quelles étaient vos principales missions lorsque vous étiez en poste ?

« J’ai toujours eu des postes généralistes. Aucune journée ne se ressemblait, c’était plutôt sympa. Je faisais du recrutement, je participais au plan de formation des collaborateurs avec les managers, j’étais chargée de la gestion administrative du personnel, d’actualiser les fiches de postes pour vérifier que les compétences des collaborateurs étaient en adéquation avec les besoins de l’entreprise et enfin j’étais l’oreille des collaborateurs. »

Vous dites que vous étiez l’oreille des collaborateurs, cela attire mon attention, pourriez-vous développer ?

« Les collaborateurs sont des personnes avant tout, avec des émotions, des peurs comme tout le monde. Les problèmes de mal-être au travail sont liés à chacun et aussi à des choses objectives, telles que la relation avec un manager trop autoritaire ou le manque de reconnaissance de la hiérarchie. Malheureusement la vision des salariés du service RH c’est celui qui punie, qui flique, ce qui est dommage. Le paradoxe c’est qu’en réalité, dans certaines grosses entreprises orientées « disciplinaire » (avertissements, mises à pied) cela peut s’avérer vrai et génère une méfiance des collaborateurs vis-à-vis des RH, alors qu’à la base lorsque l’on fait ce choix de carrière c’est pour l’humain. On nous apprend d’ailleurs à garder nos distances, à ne pas copiner, à montrer l’exemple. Cela crée une souffrance pour certains d’entre nous qui aimons l’humain. »

Lorsque les collaborateurs avaient besoin de vous parler, quels étaient les motifs les plus récurrents ?

« A la base de tout, il y avait un problème de communication. La mission de leur poste n’était pas suffisamment claire. Parfois il y avait des managers qui selon eux étaient trop autoritaires ou trop absents. Ils avaient la sensation d’être livrés à eux-mêmes. La charge de travail et la répartition non équitable entre les différents collaborateurs, liés au manque de personnel. L’incohérence entre les décisions de la hiérarchie et ce qu’il fallait vraiment mettre en place sur le terrain. En ce sens, les collaborateurs avaient l’impression de ne pas être entendus et considérés. Ils ne comprenaient pas ce qu’ils faisaient et pourquoi ils le faisaient. Certains n’identifiaient pas la place qu’ils avaient dans le maillage de l’entreprise.

En conclusion les 2 principaux facteurs de mal-être des collaborateurs que j’ai pu rencontrer sont : Le manque de communication et de sens. Les 2 sont intrinsèquement liés. »

Vous parliez du manager, sujet qui fait débat lorsque l’on parle de mal-être au travail. Votre retour sur expérience ?

« Je pense que ce n’est pas un poste facile, notamment les cadres intermédiaires qui sont entre la direction et les collaborateurs. Je pense que c’est la pire place. Ce sont des personnes qui souffrent et qui manque cruellement de formation. Souvent ils ont été promus car c’est la seule promotion que l’entreprise pouvait donner. Ils sont bons techniquement et on ne peut pas leur offrir d’autres moyens d’évolution. Sauf que tout le monde n’aime pas forcément cela, il y a des gens qui acceptent ce poste parce que socialement c’est valorisant mais au fond d’eux, cela ne résonne pas. Ils portent des valeurs avec lesquelles ils ne sont pas forcément à l’aise (chose que j’ai pu vivre).Ils sont beaucoup dans la contrainte, soit par rapport à ce statut là et en conflit intérieur avec eux-mêmes, ou alors, lorsque c’est une carrière qui pourrait leur plaire, ils manquent de formation au management. Gérer de l’humain c’est complexe, cela ne s’invente pas. Ce sont des personnes qui, pour moi, ont besoin de travailler encore plus sur eux pour pouvoir encadrer les autres. D’ailleurs, je crois que ces comportements excessifs cachent une souffrance. Un manque de confiance en soi… Ils devraient comprendre comment fonctionne l’humain encore mieux que n’importe quel autre collaborateur et ce n’est pas le cas ! Les managers se ne connaissent pas assez. C’est le problème de tout le monde mais cela ressort plus quand on occupe cette fonction. Certains managers n’étaient motivés que par le statut social et pas forcément par l’envie de fédérer une équipe. Ils répondaient à leurs mails le week-end et faisaient des journées à rallonge sous peine d’être mal vus. J’ai même vu des managers prendre un malin plaisir à faire des réunions en fin de journée pour être sûrs que les salariés restent. Je pense que c’est très français, ce côté présentéisme. »

Récemment vous avez décidé de quitter le salariat pour vous lancer dans l’entreprenariat. Quel a été le déclic ?

« Cette décision est à la fois un déclic et le fruit d’un long travail sur moi. Durant ce travail, je me suis rendue compte qu’en réalité il y avait des signes qui étaient là depuis longtemps, que je n’avais pas vus. Des schémas répétitifs que je n’avais pas détectés. Notamment des problèmes de non-sens dans mes missions. Le manque d’écoute dans l’entreprise de manière générale, l’organisation, le manque de communication, de bon sens, c’était toujours les mêmes choses qui revenaient. Moi qui suis très autonome, j’avais techniquement de l’autonomie dans mes postes, mais exécuter des choses qui n’avaient pas de sens pour moi, et que cela ne soit pas discutable, ce n’était pas terrible. Après tout ce travail, la décision de quitter le salariat s’est faite d’un coup dans un moment où j’étais totalement zen. Je me suis dit« ok la vie ce n’est pas se prendre la tête au travail du lundi au vendredi, de ramener des problèmes à la maison ». Lorsque l’on n’est pas bien et que c’est tous les jours, même si on essaie de préserver notre entourage, cela transpire de nous.»

Quel nouveau chemin prenez-vous aujourd’hui ?

« Forte de tout ce que j’ai pu traverser dans le monde du travail, des connaissances autour de l’humain dans l’entreprise et forte du travail que je fais sur moi depuis des années, j’ai pris la décision d’accompagner les personnes en situation de mal-être au travail. Je vais me former prochainement à la sophrologie, méthode que j’ai pu expérimenter et qui m’a fait beaucoup de bien. Cela m’a permis de me reconnecter à mon corps et à mes émotions. Nous sommes tous dotés de 3 dimensions, le corps, le cœur et l’esprit et cette technique est très bien pour cela. L’idée est de l’utiliser pour accompagner les gens en état avancé de mal-être dans leur travail, en burn-out ou proches de l’être, pour les soulager mais aussi les personnes qui ne sont pas arrivées à ce stade mais sont perdues ou en manque de sens dans leur carrière. Le but est donc, en fonction de là en sont les personnes sur leur chemin, de les soulager et de les aider à mieux se connaître et à se (re)connecter à leurs ressources. Je pense intégrer la créativité par des exercices intuitifs, d’écriture, collage, d’expression de soi. Faire appel à sa créativité est un outil puissant qui ouvre la porte de l’inconscient, j’en ai fait moi-même l’expérience. Je me sens alignée avec moi-même. J’ai toujours été attirée par l’humain. Je suis convaincue que la nature humaine est altruiste. Les comportements négatifs de certains ne sont liés qu’aux souffrances qu’ils ont accumulées, aux carapaces qu’ils se sont forgés. »

Pour conclure, Charlotte, selon vous quel avenir pour l’humain dans l’entreprise ?

« La génération des millénials n’a pas du tout la même relation au travail que nous génération Y qui sommes une génération de transition.  Je pense que le monde du travail avec les millénials sera plus sain, ils cherchent du sens, un équilibre entre vie privée et professionnelle. J’ai bon espoir que cette génération se développe, ce sont les managers de demain. La direction vers laquelle on va donne beaucoup d’espoir. L’entreprise de demain ira vers plus de sagesse. Plus de subtilité. Ce n’est pas parce que l’on est vulnérable que l’on est moins productif, ce n’est pas parce que l’on a un équilibre vie privée-vie professionnelle que l’on ne peut pas donner le meilleur de nous-même. Aujourd’hui il y a trop de dualité : productivité vs paresse, dureté vs douceur, la douceur c’est de la faiblesse = NON ! Sans vivre dans le monde des bisounours, le travail que l’entreprise a, à accomplir aujourd’hui du moins en France, c’est être plus dans l’empathie, la bienveillance, le droit à l’échec (qui est mal vu aujourd’hui et synonyme de faiblesse).

Pour moi, chaque partie doit faire sa part du chemin : il y a toute une philosophie à revoir de la part des entreprises pour qu’elles soient plus humaines et à l’écoute et après il y a un travail propre à chacun, au niveau des collaborateurs, pour qu’ils apprennent à mieux se connaitre et à gérer leurs émotions. »

Charlotte EROLES pour Emilie LANDA – Formatrice en Gestion du Stress et du Bien-être Professionnel.